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L’urbanisme à la française

19 octobre 2010

De Yannick Henrio, pour Médiapart (Copie d’un article Télérama n°3135, Février 2010)

Un gros bourg et des fermes perdues dans le bocage, des murs de granit, des toits d’ardoises, des tas de foin, des vaches…Et pour rejoindre Brest à quelques kilomètres au sud, une bonne route départementale goudronnée. C’était ça, Gouesnou, pendant des décennies, un paysage  quasi immuable. Jean-Marc voit le jour dans la ferme de ses parents en 1963. Il a 5 ans lorsqu’un gars de Brest, Jean Cam, a l’idée bizarre d’installer en plein champ un drôle de magasin en parpaing et en tôle qu’il appelle Rallye. Quatre ans plus tard, les élus créent un peu plus au nord, à Kergaradec, un prototype, une ZAC, «zone d’aménagement concerté» : les hangars y poussent un par un. Un hypermarché Leclerc s’installe au bout de la nouvelle voie express qui se construit par tronçons entre Brest et Rennes. Puis viennent La Hutte, Conforama et les meubles Jean Richou … 300 hectares de terre fertile disparaissent sous le bitume des parkings et des rocades. Quelques maisons se retrouvent enclavées çà et là. La départementale devient une belle quatre-voies sur laquelle filent à vive allure Rl6, 504 et Ami 8. Un quartier chic voit le jour, toujours en pleine nature, qui porte un nom derêve: la vallée verte …

C’est à ce moment-là que ça s’est compliqué pour les parents de Jean Marc. Avec l’élargissement de la départementale, ils sont expropriés d’un bon bout deterrain et ne peuvent plus emmener leurs vaches de l’autre côté de la quatre-voies. Ils s’adaptent tant bien que mal, confectionnent des produits laitiers pour le centre Leclerc, avant de se reconvertir : la jolie ferme Quentel est aujourd’hui une des salles de réception les plus courues de Bretagne. Les fermes voisines deviennent gîte rural ou centre équestre. La Vallée verte, elle, se retrouve cernée de rangées de pavillons moins chics.

Ça s’est passé près de chez JeanMarc, à Brest, mais aussi près de chez nous, près de chez vous, à Marseille, Toulouse, Lyon, Metz ou Lille, puis aux abords des villes moyennes, et désormais des plus petites. Avec un formidable coup d’accélérateur depuis les années 1982-1983 et les lois de décentralisation Defferre. Partout, la même trilogie – infrastructures routières, zones commerciales, lotissements- concourt à l’étalement urbain le plus spectaculaire d’Europe: tous les dix ans, l’équivalent d’un département français disparaît sous le béton, lebitume, les panneaux, la tôle.

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