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Marseille rêvée, vue, fabriquée

28 octobre 2010

De Jean Louis comolli, pour Cairn.info

Filmer Marseille, “la ville des héritages impossibles”, c’est échapper à l’autorité du point de vue et entrer dans une ville intérieure qui “disparaît derrière ses habitants”. C’est en 1981, dans L’Ombre rouge, que j’ai filmé pour la première fois quelque chose de Marseille : le port tel qu’il était alors et, de ce port, les éléments architecturaux qui renvoyaient aux années 1930, époque de référence du film ; ce port comme lieu avoué des rendez-vous secrets, coulisse obscure des coups tordus politiques, communistes et fascistes agités dans l’ombre portée de la guerre d’Espagne sur les quais de la Joliette. Ces affrontements nocturnes, comme une danse des esprits et des corps engagés dans la musique déchirée de Michel Portal, évoquaient l’action clandestine de la compagnie maritime France Navigation, outil d’un PCF transporteur d’armes pour les Brigades internationales et contre les directives de neutralité du gouvernement du Front populaire.

Marseille était encore dans ce film représentée par quelques rues d’Endoume, pentes bien dures, en bord d’abîme, dévalant sur les rochers d’en bas, et je me souviens qu’à la pointe d’une de ces rues ouverte comme une tranchée et bordée de béton, les trois étages d’une maison se dressaient ; nous tournions au dernier, dans un salon dont toutes les fenêtres donnaient sur la baie de Marseille et les îles du Frioul, inexorable vue, la mer qui n’a jamais été plus belle en Méditerranée que là, exactement, mer dans une sorte de rudesse minérale qui ne peut que rappeler, à l’orée du port et en dépit de tous les affadissements touristiques, combien elle reste avec Ulysse la mer du transit, à la fois fertile et funeste, de l’homme exilé. Ainsi Marseille fait-elle face au monde dans une relation singulière. Là plus qu’ailleurs, plus qu’à Barcelone, plus qu’à Istanbul, plus qu’à Naples, se sont rassemblées les embarcations brisées de l’histoire coloniale, nos pauvres radeaux de la Méduse républicaine, les rescapés de tant de terreurs. La rue marseillaise débouche sur l’histoire

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